Dans les lumières chaudes et colorées

Dans les lumières chaudes et colorées de l’extérieur tu cherches à savoir si je suis bien elle et moi plutôt à savoir quoi faire de toi. Je ne te connais pas mais tu es si plein de mystère qu’il faut que je te dévoile. Tes pensées sont obscures et je ne sais si elles tournent autour de moi ; j’aimerais les attraper dans mon filet de miel mais toujours elles s’évadent. Suivant une obsédante pulsion je les pourchasse, bien malgré moi. Les fines heures de l’automne sont à la porte du bar mais je ne veux pas en sortir ; tu m’étourdis et je me sens seule. Je ne sais comment agir pour que ta peau glisse sur la mienne. Oui, la serveuse est si jolie… ton regard serpentent entre ses seins et ses souliers tandis que ma bouche forme des mots que tu n’entends plus. A peine hoches-tu la tête de temps en temps pour faire semblant mais je sais – je sais que mes paroles n’ont plus de sens pour toi et qu’il est temps que je te laisse replonger dans la brume sans fond qui t’entoure toujours. Je m’accroche à tes vêtements vaporeux et rien dans ton regard bleu ne m’indique que tu es encore conscient de ma présence. Sans bouger, tu t’éloignes lentement du monde que j’avais construit pour nous deux, un embryon encore en gestation mais qui aurait été si beau si tu y avais glissé tes doigts chauds et saisi cette possibilité de le forger avec moi. Les murs de pierre qui étaient si loin auparavant se rapprochent vite, vite, en même temps que mes certitudes et mes espoirs disparaissent dans un tourbillon et se perdent dans les guirlandes de lumière liquide qui pendent au plafond et répandent leur reflet mosaïqué. Rouge jaune vert bleu violet colorent ta blondeur poudrée et comment capturer cette image si fugitive de toi ? Je te veux mais ne te connais pas, te désire même si tu ne le sais pas. La musique s’est tue, les accords glissant le long de nos regards perdus en même temps qu’ils se baissaient et à présent je suis sourde, aveugle, je ne te vois plus et tu ne parles pas, je suis seule dans mon écrin de lin rouge sang, qui bat comme un cœur de cheval après la course, évacue la frustration qui bouillonne. Colère et tristesse, non, pas colère, incompréhension, déception. Alors c’est ça, je ne te plaisais pas et tu n’as pas voulu me parler, me toucher ou m’embrasser, m’enlacer de tes pensées charnelles et je ne te blâme pas au fond, bien sûr que la serveuse était plus jolie.

Lena Rossel