31 juillet 2016

L’air du soir est tout juste plus frais que durant la journée mais au moins, maintenant, les cigales la ferment. Un repos de courte durée étant donné qu’elles recommenceront au petit matin. En attendant, ce soir, comme les autres soirs depuis la semaine passée, on va sortir. Arnaud regarde ses mails sur mon natel, Lionel est en train de fumer dehors avec Seb qui l’a rejoint une fois qu’il a eu fini de se faire beau dans le miroir. Philippe téléphone avec Vinciane, Nico lit « L’Idiot » sur son lit et moi, je profite du Wi-Fi pour vaguement flirter avec une Suisse-Allemande après avoir insulté Arnaud pour récupérer mon téléphone. On convient finalement de sortir de l’hôtel pour chercher quelque chose à manger.
Evidemment, nous sommes partis beaucoup trop tard et la place manque un peu dans les restaurants. Après un coup de gueule d’Arnaud qui nous reproche, à raison, de ne pas être organisés, deux détours par des salles d’arcades et un retour sur nos pas suite à mes indications un peu foireuses, on trouve enfin un restaurant dans lequel, faute de carte en anglais, on se fie aux prix pour commander. Le repas se déroule grosso modo autour du fait que l’on ne sait que vaguement ce que l’on mange. Après avoir fini, clope après clope et verre après verre, on convient ensemble que la bière est bonne et que les Japonaises sont très belles, mais absolument inaccessibles.
On change d’établissement et Arnaud tente d’estimer le coût de sa soirée, tantôt en se frottant la barbe, tantôt en buvant sa bière qui semble ne jamais se vider malgré le fait qu’il ait arrêté de commander à boire. Philippe commence par dire qu’il veut économiser de l’argent mais se ravise vite en voyant le prix des cocktails. Lionel ne se pose pas tant de questions et commande une bière au bar. A sa droite, Seb semble avoir décidé de tenter le coup avec une jolie Japonaise assise à côté de son copain tandis que, pendant ce temps, Nico et moi faisons des signes discrets à une serveuse pour qu’elle resserve toute la table en se disant que si on consomme assez, on aura nos chances avec elle. Apparemment, on a les trois oublié ce qui a été convenu plus tôt.
Le bar ferme, Philippe sort, son kimono flottant légèrement au vent, et crie une connerie en chancelant vaguement. On rit tous ensemble. On finit par repartir en direction de l’hôtel en fumant dans la chaleur de la nuit, notre route illuminée par les lampadaires que relient des dizaines de câbles. On parle un peu trop fort pour les rues désertes et chaque éclat de voix est immédiatement suivi d’un « chut » d’Arnaud qu’il pousse sans grande conviction avant de le laisser s’effacer dans un rire.
En rentrant, après avoir convenu durant toute la journée du programme, de l’itinéraire, du resto et du bar, on convient encore, sans se le dire cette fois, qu’on est vraiment bien ensemble. Mais ça on laisse nos discussions, nos verres, nos vannes et nos rires nous l’avouer, car on sent bien qu’à trop se le répéter on risquerait de s’y habituer.

Baptiste Cochard