18h36

Métro. 18h37. Cailloux contre d’autres cailloux. Rails rouillés maculés de taches rouges. Métro à l’arrêt. Sur le quai, humains contre d’autres humains. Les yeux d’ordinaires mi-clos sont grand ouverts. Les corps amorphes il y a une minute bougent dans tous les sens. Bruit assourdissant. Parmi tout ça, Mathilde se sent bien où elle est. Elle a trouvé un petit coin ou personne ne l’embête. Personne pour la bousculer, personne pour la regarder de travers. Ils gardent tous la distance.

Bureau. Chemises contre d’autres chemises. Ils se croient grands, ils jugent, les gamins. Ils se rassemblent, choisissent une proie, quelqu’un d’un peu faible. Des enfants de trente ou quarante ans qui se liguent contre un seul. Après ils se sentent bien où ils sont. Dans leur position de suiveurs. Mathilde est mignonne avec ses cheveux roux. Elle est discrète mais efficace. Polie mais sait répondre. Apparemment ils n’aiment pas. Le patron préfère la blondasse qui vient d’arriver, et il fera tout pour lui donner le poste de Mathilde.

Rue sous la pluie. Bientôt lèvres contre lèvres. Mathilde fait un détour pour acheter des pizzas, ça fera plaisir à Jacques. Jacques lèvres contre lèvres avec une brunette qui travaille à la pizzeria. Mathilde coincée entre l’envie de s’effondrer par terre et celle de tout détruire autour d’elle. Ils étaient si bien. Ça devait sonner faux.

Tant pis pour les pizzas. Si elle court elle peut avoir le métro de 18h35.

Métro. 18h35. Cailloux contre d’autres cailloux. Les rails rouillés grincent. Métro pile à l’heure. Ils sont contents les gens sur le quai.

Métro. 18h36. Mathilde a rejoint les cailloux.

Ethel Adèle