La route blanche

Une mouche bruit, zigzague dans l’espace.
Je suis du regard cette courte existence.
Quelque chose dans l’air est à deux doigts de se défaire, et ne se défait pas. Comme une feuille morte tremblant au vent, mais retenue encore, on ne sait comment, à son rameau.
Les ombres dans les coulisses restent imaginées.
Il y a une route blanche, couverte de poussière.
La lumière, blanche aussi, qui donnerait sens au tout, est le rêve du rêve.
Puis il pleut. La poussière retombe.
Lavé par la pluie, le ciel enfin se dépouille
Les nuages achèvent leur ronde.
Le glissement du temps opère, sans démiurge ni spectateur.
C’est un printemps sans soleil, et pourtant tout a verdi. Les arbres sont gorgés de sève, les plantes bien nourries.
Des chats se promènent à tous les coins de rue. Certains filent, d’autres approchent à mon appel, se frottent un instant à ma jambe, avec une délicate précision.
C’est une tristesse purifiée, une tristesse calme, une bonne tristesse.
Il n’y a plus de désespoir, plus de mélancolie, plus de deuil, plus de révolte, plus de refus ni de résistance ni de sacrilège ni de péché, tout cela a disparu. Cette poésie-là a disparu.
L’orgueil s’en est allé doucement, en même temps que la jeunesse.
C’est un instant paisible, en somme.

Sophie Meyer