Abandon

Allongé sur un matelas dont la mollesse inflige autant de douleur qu’une planche de bois sertie de clous, l’éternité parvient à mes oreilles à travers les grésillements répétitifs, vides et ouatés d’un vieux vinyle qui jamais ne s’épuise : m’appelle-t-il à l’aide ? Quelques rayons traversent les volets pour réchauffer la moquette jonchée d’habits sales, papiers en tous genres et bouteilles que j’ai vidées pour remplir mon esprit. La nuit s’est éteinte, et avec elle la lumière des vagues sémaphores dont la douceur apaise les cauchemars. Qu’il était agréable de promener mon regard dans les boulevards abandonnés. Dehors, mes yeux risqueraient désormais de brûler. Mais les souvenirs et leurs désirs me hantent. Le reflet de mon visage dans le miroir semble vouloir me dissuader à travers son regard. Il a raison, je dois laisser reposer mon âme. Ainsi que je suis prisonnier de ces lieux, les pensées les plus noires ne quittent jamais le lit de la désolation.

Pierre Muresan