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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

Les fourmis

Les fourmis

Ella avait froid.
Elle n’arrivait plus à se concentrer, ou même à penser. Elle avait l’impression que son cerveau gelait gentiment, qu’il se figeait. Elle l’imaginait comme une masse bleue, froide et brillante, une surface toute lisse, doux mélange entre un diamant teinté et une simple masse de glace. S’imaginer que ce que sa tête contenait pouvait ressembler à une chose pareille la rasséréna un peu, ou du moins lui changea les idées. Pour 10 secondes environ.
Ella avait toujours froid.
Recroquevillée sur elle-même, elle tremblait doucement, comme si son corps en avait à présent l’habitude. Ce n’étaient plus des spasmes, mais de petites secousses, comme si le froid ne l’atteignait plus vraiment, tant elle était congelée. Ses membres lui faisaient mal. Elle avait la désagréable sensation que si elle bougeait ne serait-ce que son orteil, son corps entier éclaterait comme un pot de confiture vide qu’on ferait tomber sur le carrelage de sa cuisine. Elle laissait son esprit ainsi vagabonder, son imagination réputée se laissant aller au gré des grelottements, car penser à sa présence ici ne ferait que souffler la petite flamme d’espoir qui se baladait encore quelque part dans sa tête.

Combien de temps ? Trois jours, peut-être un peu moins. Odeurs de pisse, de moisissure, accompagnées d’un relent omniprésent de vomi. Celui d’Ella elle-même, qu’elle avait rendu sur le béton froid après la première visite de l’homme.
Le plafond pourrissait. Ella le remarqua en levant les yeux, et s’imagina des tas de fourmis noires, comme dans sa maison en Espagne, les fourmis qui venaient chercher la nourriture, mais ici, elles mangeaient le béton, telles de voraces prédatrices, jusqu’à ce qu’un jour, elles n’aient plus rien à manger. Alors elles s’attaqueraient aux murs, elles avaleraient littéralement le petit abri, et à ce moment-là, Ella pourrait sortir, elle serait libre, car les fourmis l’auraient sauvée.
« Je suis quand même un peu débile » se dit-elle. Et la petite flamme vacilla. Ella se reprit tout de suite en s’imaginant aménager l’abri. En premier lieu, elle y mettrait des fenêtres. De grandes fenêtres, comme dans les Sims, les plus chères, celles qui ressemblent à des baies vitrées. Puis elle repeindrait le tout, dans des couleurs pastel, les mêmes qui accompagnent l’été. Et puis elle meublerait. Un lit, un bureau. Un tapis. Des rideaux peut-être ? Il faudrait isoler aussi, et mettre un chauffage au sol, parce que c’est confortable. Après, il n’y a même pas besoin de porter des chaussons.
Ella se sentait mieux. Elle commençait à s’attaquer à la décoration, lorsque l’homme entra…

Inès Conti

  



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