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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

Complainte du prof

Complainte du prof

L’écran prend la place de l’écrit.
L’écrit, peu à peu, déserte les rangs.
L’écrit perd ses plumes car les plumes sèchent dans leurs écrins.
Et ces plumes sèches, qu’on le sache, le prof les craint.
L’encre sèche lorsque le cancre sèche.
En effet, quand le cancre reste dans les plumes, ou devant son écran, le prof, dans son antre, se fait un sang d’encre.
Car le français, bon sang, va y laisser des plumes. Des plumes sans encre.
Alors le prof la jette. L’ancre. Car, sans encre, le français chavire, et à force de perdre ses plumes, il finira à poil !


L’écran prend la place de l’écrit.
C’est vrai pour les grands et les petits.
Les petits écrans séduisent les petits et obnubilent les grands : TV – ordinateur – MSN - Facebook.
DS pour les petits. Démons pour les grands.
Démons ou merveilles ?
Des mondes qui émerveillent ou démontent nos cervelles.
Un écran total pour un soleil informatisé.
Ses rayons nous inondent mais notre peau reste blanche et notre communication est sans voix.
Le coup de sommeil est assuré. Mais les ondes font écran.
Notre micro est coupé et les mots sèchent sur notre langue.
Nos papilles se dépigmentent alors que les pixels pimentent nos pupilles.
Et on perd de vue notre langue… Elle tire un peu la langue car on s’ouvre la voie du silence. Une voie qui pourrait finir en extinction.

L’écran, inexorablement, prend la place de l’écrit. Les cris de désespoir d’un prof qu’est à cran.
L’écrit perd un cran, et les Grands, leurs écrits.
Alors je crie, comme un grand qui n’a pas compris.
Léguer à nos enfants une bibliothèque virtuelle, c’est leur jeter une littérature sans âme dans le rouge de leurs yeux. C’est immoler les vertus de nos aïeux dans le feu de notre mépris.




Poser l’écrit parfois devant l’écran, c’est poser un écrou sur un vice sans fin.
Mettre un crayon entre les touches du clavier. Mettre des crayons au rayon des écrans.
Laisser une poussière sur ces cages de 15 pouces. Pouvoir encore dépoussiérer des pages avec son pouce.
Redescendre d’un étage les essais manuscrits et remettre parfois la souris dans sa cage. Ôter ses doigts de son dos chronophage, pour laisser un peu respirer le papier et offrir en héritage une langue qu’on peut toucher…

Marc Aebischer

  



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