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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

Le Joyau

Le Joyau

Ma quête a décelé jadis ses quelques germes
En un vieux tavernier qui parlait en ces termes :
« Crois-moi, ô jouvenceau, qu’il soit un beau joyau,
Forgé dans l’or des rois, transcendant d’harmonie,
Que nul n’a pu trouver sans souffrir l’agonie;
Et rien n’est plus exquis, mais crois-moi, jouvenceau ! »


Et la légende veut qu’en ta noble présence,
Quelques vents consternés rugissent dans l’aisance
Le doux nom qu’est le tien, calomniant le silence.


Alors par monts et vaux, j’ai toujours cherché l’or,
En l’Anneau de splendeur mais qu’encor et encor
Mon esprit éperdu échouait d’une foi vaine
À débusquer enfin le moindre éclat doré.
De mine en col en pic, j’ai dû tout explorer
Sans jamais le trouver en plaine ou dans ma peine.


Et la légende veut qu’en ta contemplation,
Les cieux se soient rompus et saignés d’émotion,
Jusqu’à se balafrer de leur vive passion.


Alors j’ai pris la mer pour rejoindre les îles,
Pour peut-être quérir dans les jungles fertiles
L’Alliance toute d’or, le merveilleux Bijou,
Qui ceint le faste au front tout comme une couronne.
Mais ni même sous l’onde où les trésors foisonnent,
Je n’ai point vu soupçon libéré de son joug.


Et la légende veut qu’en feignant de la gêne,
Les étoiles du soir soient rouges dans l’aubaine
D’enflammer tout minuit de jalousie soudaine.


Alors j’ai guerroyé et suivi ce destin :
J’ai cru que mon estoc verrait dans son butin
Le vrai Diadème enfin sage et assujetti.
Je suis pourtant vaincu par ce Joyau, un leurre
Qui me met à genoux et maintenant je pleure.
Sénile tavernier ! m’aurais-tu menti ?


Et la légende veut que la nuit n’ait qu’un souhait :
Se suicider enfin pour que comme il lui plaît,
Elle ne masque plus ton charme et son reflet.


Mais c’est en relevant à grand-peine mes yeux,
Puis tout en écartant des pleurs plus que nombreux,
Que la Beauté m’a fait écarquiller d’effroi,
Que de triste et obscur tout est devenu clair :
Il était là, bien là, le Joyau prenait chair,
Plus noblement encor, le Joyau, c’était toi !


Et la légende veut qu’en ta douce présence,
Dieu presque modeste dans son omnipotence
Te fasse dans la peur une ample révérence.

Vincent Bossel

  



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