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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

Les Cafards

Les Cafards

Ils ne se cachent même plus la nuit. On les voit partout, parfois en mouvement, en groupe aussi, parfois, de deux ou trois. Parfois aussi contre une colonne, sous les arches, ils vous regardent et ne vous regardent pas. Ils s’entretiennent entre eux, comme des insectes ayant trouvé des miettes, la parole les nourrit. On les voit partout, on pense qu’ils errent dans les canalisations bernoises. On pense qu’ils errent parce qu’on essaie de ne pas les voir. Dans les faits, leur parcours est tout tracé, immanquable, ils l’ont choisi bewusst ou unbewusst dès qu’ils ont commencé la descente, à nous quitter. Long processus, ils ne se sont pas réveillés un jour, dans leur lit, avec la vie alentour beaucoup trop grande.Parfois on les regarde. Mais pas trop longtemps. On ne peut les regarder trop longtemps, soleils éblouissants de crasse, impression dégueulasse sur la rétine. Nous sommes attirés par ce fond de cuvette, l’eau des poubelles, la fascination malsaine des ténèbres.

Parfois on les regarde. Mais pas longtemps, car trop longtemps c’est perdre son âme, commencer la descente. Qui les regarde trop longtemps est soit trop purement humain, soit un rêve éveillé, car de telles personnes n’existent plus. Qui les regarde trop longtemps sent la souillure dans son intériorité, sent la proximité de son frère.

Georges Henny

  



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