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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

Les cousins anglais ou Bisbille dans les cour(t)s

Les cousins anglais ou Bisbille dans les cour(t)s

Le jardin à l’anglaise et la pelouse Wimbledon tiennent à se distinguer, en dépit d’une origine britannique commune.

Le jardin à l’anglaise est une princesse à qui l’administration nobiliaire a retiré son titre, pour cause de dépravation. Non sans raisons.

Les belles de jour dorment tout le jour, fécondent et enivrent les voisins à la nuit tombée. Les orties, fières et guerrières, y sont bienvenues. On y consomme de la bourrache et des lys d’un jour sous l’œil complaisant du Pape, qui sème sa monnaie à tous vents. Des salades poussent dans des bacs à fleurs, les kiwis disent Oooouuuui aux murs tandis que la vaste vigne vierge, évidemment, n’a plus rien de virginal.

Au détour d’un jardin anglais on rencontre souvent un saule pleureur chevelu, plusieurs tables et chaises forgées rouillées, des bassines de lavandières, une fontaine en pierre moussue, un étang pas net grouillant de vies rouges-bleues-vertes, des milliers de guêpes caparaçonnées, d’abeilles surdimensionnées et de fruits dangereux qui vous tombent sur la pomme.

C’est un dangereux bordel.


La pelouse Wimbledon est une nouvelle aristocrate de type Hilton. Son alliée beauté est sa tondeuse : un petit animal en plastique vert, autonome, à roulettes, efficace. Un peu concon toutefois quand il se retrouve les quatre fers en l’air ou qu’il s’obstine
à vouloir pénétrer un coin
à vouloir pénétrer un coin
à vouloir pénétrer un coin.

La pelouse Wimbledon ne déborde pas, elle est contenue, maîtrisée, suissisée par une haie de thuyas au cordeau. Les insectes sont des erreurs et la pelouse Wimbledon sait comment les repousser ou les piloter sur les géraniums rouges au garde-à-vous. On n’y est jamais importuné, d’ailleurs. Le soleil tape mais l’herbe est toujours verte et les fleurs anonymes opulentes. On ne trébuche pas sur cent cinquante pots de terre. On longe des bacs rectangulaires gris, pratiques, qui ne gèlent pas. Dedans, on sait ce qu’il y a, ce qui s’y fait et c’est bien comme ça.

Seul bémol : comme les oiseaux ne font que survoler ces pelouses-hôpitaux sans s’arrêter, on n’est pas à l’abri d’une fiente…

Valérie Torrent

  



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