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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

L’horloge du hall central du complexe autoroutier

L’horloge du hall central du complexe autoroutier

L e t e m p s p a s s e. L’aiguille avance selon une logique rotatoire. Infiniment. Circularité. Cadre noir. 1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.11.12. Les secondes passent. Le temps passe. Des gens se lèvent. Des gens se couchent. Le soleil se lève. Le soleil se couche. Rotation de l’aiguille comme un millier d’oiseaux pris dans le même filet opaque. Pétrole. Le temps passe. Les piles de l’horloge changent mais le temps passe toujours. Fixée dans le hall central du complexe autoroutier, elle découpe l’air qui lui n’en a strictement rien à foutre du temps merde. 1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.11.12. Toujours le même schéma. Explosion. Implosion de la station- essence. Deux morts, trois, ou aucun. Le temps passe. Un milliard d’année. Nouvelle ère jurassique. Hommes-sables prenant le monde en otage signalés. Mardi 19 janvier 8736. Climat heureux pour une matinée de septembre. 1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.11.12. Six pieds sous terre. Ne s’arrêteront-elles jamais, les aiguilles ? Si elles prennent le chemin inverse ce serait du pareil au même. Rotation infinie sur plaque circulaire phosphorescente. Le temps passe. Il passe. Le temps passe. Apocalypse. Anomalie. Attentat. Anémie. A. Vacuité cérébrale. Vacuité. Rongé six pieds sous terre par les vers des poètes. 1……….2……3……4……5……6……7……8……9…..9………..10… Plus rien ? Plus de piles dans l’horloge ? Plus de piles dans le monde ? Plus de piles dans le cerveau ? Non. Le temps passe. Il passe. Le temps passe. Passation des savoirs. Le temps passe. Il passe. Le temps passe. Que passe seulement le brouillard car toujours le temps passe. Les reflets : indéfiniment sur la station. 6787, année du grand débordement. Dix-mille manifestants sont sortis dans les rues pour revendiquer leur droit à la soif. Attristé, le gouvernement se replie sur lui-même, nu sur le tapis de son salon. Pas que ça à foutre bon sang. Merde. Le temps passe. Il passe. Le temps passe. On a beau observer l’étendue gargantuesque du cosmos, vomir ses tripes de trop avoir cuvé sa bière, déplacer un meuble, discuter avec son père, battre son fils, étendre son linge, singer son professeur, sauter à la corde, protester contre tout, devenir noir, jouer au mort, être mort, dévisser un néon, ouvrir une boîte de sauce tomate, raser sa barbe, injecter des mots dans un discours, écouter la radio, entendre des conversations, écrire une liste d’actions à faire, fabriquer des bombes artisanales, le temps passera toujours. On tourne à droite dans une ruelle sombre pour lui échapper, il sera là au carrefour suivant, déguisé en notre propre mère, prêt à en découdre. Le temps passe. Il passe. Le temps passe. 1.2.3.4.5.6.7.8…..9……..10…11….12. Un peu plus lent vers la fin ? Le temps est un phénomène hautement subjectif. 17h30, le travail finit : les ouvriers rentrent chez eux et, dormant, le temps les caresse de ses gants de velours.

Maxime Sacchetto

  



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