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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

La traversée sur le Caucase

La traversée sur le Caucase

Nous allons devoir franchir l’une des étapes les plus longues de ce voyage (550 km) de Ordjonikidze à Erevan, capitale de l’Arménie. Les conditions de circulation, l’état des routes, nous causent plus de soucis que le nombre de km à parcourir. Nous emprunterons la « route militaire » du Caucase en passant par Tbilissi, capitale de la Géorgie.

Nous partons très tôt le matin. Les premiers rayons du soleil illuminent les troncs d’une forêt de bouleaux. Au-dessus d’une première chaîne de montagnes verdoyantes, la cape blanche et arrondie de Kazbek se détache sur fond de bleu intense. Il fait frais. La journée s’annonce éclatante de lumière. Nous pourrions entonner la première strophe de notre hymne national : sur nos monts, quand le soleil…

Après les premiers piémonts verdoyants, des flancs de montagnes chauves, dénudées. Contraste très fort entre cette aridité et les fonds de vallées, oasis tout en longueur, où coulent les torrents alimentés par les glaciers. Puis en prenant de l’altitude, les aiguilles de granite, tourmentées, perforent le ciel où, par moments, les glaciers se font cumulus. Tout au fond des précipices, les torrents, l’air décidé et pressé par les forces de gravité, obligés cependant de zigzaguer, bouillonnant de rage, entre les rochers, s’acharnent à scier inexorablement les flancs de montagne. Tout en haut, le Kazbek, prince rayonnant et régnant, avec sa couronne de glace. A ce fils des profondeurs, les ascendances volcaniques confèrent la majesté tranquille de la puissance retenue, l’autorisant à porter un regard hautain du haut de ses 5000 m sur ces voisines cristallines, des gamines tremblotantes et griffées par l’érosion cryergique.

Avant de franchir le col, des fumées de grillade alertent et aiguisent nos papilles. La fraîcheur de l’air nous incite plutôt à brûler des calories qu’à manger les oranges achetées à Ordjonikidze. Un malin a compris qu’à cette altitude, (2300 m) un chalchik, brochette de viande de mouton sur braise, arrosée de vodka, accompagnée de pain noir, réchauffe les estomacs et les cœurs. Les végétariens eux-mêmes n’y résisteraient pas. Et il ne faut pas dédaigner l’alcool, ses qualités de désinfectant : les mains du préparateur de chalchik n’offraient pas toutes les garanties.

La borne marquée 2395 m, indique le point culminant de la « route militaire » du Caucase. Par une série de virages en épingles à cheveux, nous rejoindrons la rivière Kura qui finit sa course dans une mer fermée, la Caspienne.

Jo Berset

  



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