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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

Mon cordonnier

Mon cordonnier

Est-il mal chaussé ? Je ne le saurai jamais, je ne vois que son tablier, le reste m’est pudiquement caché...

Mon cordonnier a un diplôme anté-diluvien, avec pour mention : « suficiente ».

Mon cordonnier fait des miracles de quelques saisons quand d’autres bottent en touche et affirment que c’est foutu, foutu, ça. Mon cordonnier ne renonce jamais.

Mon cordonnier aime Jésus, qui veille sur le long couloir de son atelier entre deux boules de Noël pérennes, rouges et pailletées.

Mon cordonnier apprécie les belles paroles et les images de catalogues de vacances. Les deux superposés. Le pouvoir de l’amour plutôt que le pouvoir du pouvoir, un ami plutôt qu’un compte en banque.

Aujourd’hui mon cordonnier taquine une bonne sœur et ses supposées œillades au curé du home dans lequel elle séjourne. La religieuse replète, rajeunie et gaie, jure, outrée, n’aimer que Jésus. Celui qui veille sur l’atelier.

Mon cordonnier, c’est le sud, les petites échoppes allongées, sombres, hétérodoxes, gris-vert-bleu, les grandes brosses qui roulent, les rouleaux qui liment, des instruments précis qui rabotent, taillent, les serre-joints qui permettent à la colle de prendre, les boites de cirages rondes brunes, noires, grises, vert pomme et rose acidulé, les aiguilles fines et les fils, les épluchures par terre.

Mon cordonnier ne demande pas d’acompte, il me fait confiance : De toute façon tu reviens, hein ?

Mon cordonnier est clair : « Ton mari doit être lourd, vu comme il abîme ses chaussures ».

Mon mari est léger. Quand même, j’aime bien mon cordonnier.

Valérie Torrent

  



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