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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

Nocturnes

Nocturnes

Jeudi, j’avais un peu de temps pour les Nocturnes.
Pas les pièces de Chopin, je n’étais pas d’humeur taciturne ;
mais celles du grand magasin où je me sens habituellement de trop. Au milieu des courses de galopins, des remises, des rabais, des vendeurs au trot. Zigzaguant dans les allées, je mets dans mon panier de plastique

1 oignon
1 lampe de bureau
1 ampoule électrique
des lardons
1 poireau
des mangues d’Afrique
1 paquet de fruits secs
Des pâtes sans gluten
1 fromage grec
Des boissons américaines
3 tomates charnues
Et 1 viande d’origine inconnue

Malgré mon léger malaise dans les rayons, j’avais besoin de sentir l’excitation. Le monde entier présent, par les produits ordonnés, emballés ; le monde entier rangé et apaisé. J’avais besoin de cette calme agitation. Je voulais me sentir moi aussi – d’une certaine façon – lumineux sous les néons bon marché. Je me demande bien quelle poésie il y a à trouver dans les étalages de ces marchandises – autant, probablement, que dans mes rimes. Tout est factice comme dans un bazar lustré. Les pubs et les réclames, les gens mécontents qui réclament. Moi de même, d’une autre réclamation, devant la tristesse de ce panneau de réduction.
Jeudi, j’avais un peu de temps pour les Nocturnes.

Matthieu Corpataux

  



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