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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

La vengeance du séquoia

La vengeance du séquoia

A la pépinière de Parc National, j’avais acheté un jeune séquoia pour le transplanter en Suisse.
- Laissez-moi avec mes grands frères. Je ne veux pas vivre ailleurs, suppliait-il.
Une vendeuse, insensible, l’empota.
- Je me vengerai, cria le séquoia.
Pour éviter qu’il ne gèle dans la soute de l’avion, je l’avais pris avec moi et posé à mes pieds. Une heure après le décollage, je m’endormis. Quelque chose à la fois de frais et de rugueux me réveilla : des branches du séquoia avaient poussé le long de mes jambes. Je me suis dit que j’avais dû mal observer, que ces branches existaient lors de l’achat !
Quelques minutes plus tard, une branche avait atteint le hublot. Une autre avançait sous le siège de passager devant moi.
- Votre arbuste me griffe les jambes !
Les racines elles-mêmes s’insinuaient entre les sièges, d’autres s’étalaient dans le couloir, gênant le travail des hôtesses de l’air. L’emprise du séquoia devenait de plus en plus inquiétante. Certaines branches masquaient le visage des passagers. L’un deux suggéra :
- Il faut séparer le tronc des racines ! Et vite !
Mais on ne trouva aucune scie dans l’avion.
A la recherche de lumière, une branche fit éclater un hublot, une autre perfora le plafond de la carlingue. Les passagers étaient cernés de toutes parts.
- Mettez les gilets de sauvetage, ordonna le commandant de bord.
L’avion se posa sur l’océan. Sous la poussée des racines et des branches, la carlingue se disloqua en plusieurs morceaux qui se dispersèrent. Il ne resta plus qu’un arbre flottant et des passagers agrippés aux branches.

Le séquoia avait cessé de grandir.

Jo Berset

  



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