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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

Le Soleil pleurait

Le Soleil pleurait

Le Soleil pleurait ce matin de juillet. Je vous vois déjà venir : vous pourriez croire qu’il s’agit là d’une banale métaphore de la pluie qui contrasterait avec les rayons de notre astre pour, pourquoi pas, former un bel arc-en-ciel. Mais ce n’est pas ce monde-là que je décris, je veux dire, quand le soleil pleurait, je n’aurais pas pu l’immortaliser avec une photographie ou une peinture impressionniste (n’en déplaise à Monet). S’il avait fallu peindre le ciel ce jour-là, ça n’aurait pas coûté très cher, un peu de bleu et puis c’est tout. Il était bien bleu, entièrement bleu, resté là, calme, statique et sage, tournant le dos au soleil avec la ferveur de sa profonde indifférence.

Ça aurait été plus facile qu’il pleuve. Je veux dire, la palette de Monet aurait été grise, lugubre, presque mystique et le Soleil serait resté contemplatif devant tant de brume, comme devant une épaisse fumée dont ne devinerait jamais le feu. Et devant l’absurde beauté de ce brouillard, le soleil s’en serait remis. Mais ça ne s’est pas passé comme ça, au plus grand plaisir de la Lune et des autres millions d’astres du ciel qui moquaient la faiblesse de notre étoile qui, elle, étalait sur le monde une lumière presque neurasthénique, sans la moindre joie de vivre pour la consumer.

Oui, je regardais le Soleil pleurer et au-delà des enfantillages sans importance de la part des autres astres, l’état de plénitude et de complaisance du ciel resté bleu commençait à me dégoûter. Il le laissait seul, continuait à étendre son blême azuréen sur notre monde et jamais sa clarté ne m’avait semblé aussi terne que ce jour-là.

J’ai donc pris le Soleil par la main parce que j’avais de la peine. Et ses larmes s’évaporaient à l’instant pour ne former qu’une fine fumée. Il faut dire que l’eau contenue dans une larme ne fait pas long feu sur le visage du soleil. Alors j’ai pris ma respiration et je suis resté avec lui, le temps qu’il se calme, se refroidisse, jusqu’à ce qu’il se couche finalement comme sous un édredon fait d’horizon.

Je restai bientôt seul dans la nuit noire pendant que tous les soleils des autres mondes resplendissaient. Et mes yeux devinrent à leurs tours rouges et secs. Mes larmes coulaient et s’évaporaient à l’instant. C’était comme si moi aussi, cette nuit de juillet, je pleurais un peu des larmes de Soleil.

Michaël Gay des Combes

  



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