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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

Cochinchine

Cochinchine

Avant de se suicider en avalant une cuillère d’argent, Louis-Luc d’Ostre parla à son chat. De retour de Cochinchine où il était ingénieur des balances sur le marché aux épices, cet excentrique avait pris ses distances avec le monde : il mâchait du pavot et faisait des dettes. Les jours de pluie, il aimait fumer le cigare et se promener torse nu dans le parc des Buttes-Chaumont. Il laissa une lettre. Il ne lui était pas venu à l’idée que son chat, réputé le plus intelligent du quartier, ne saurait la décacheter. Quant aux gestes qu’il avait montrés au matou avant de se donner la mort, celui-ci ne s’en souvenait plus. Comme le majordome était dans sa famille à Etretat le jour fatal, c’est la bonne d’étage qui appela les gendarmes. Enfermé dans le boudoir, le chat faisait entendre une musique de supplicié. « Le pauvre, expliqua la bonne, il était habitué à ce que Monsieur le masturbe. » Appelé en Bretagne, le majordome pleura l’ingénieur. Quant au chat, le majordome confirma à l’appointé Rossinet que depuis Noël la bête avait pris goût à l’exercice. « Lorsque le maître est las, c’est moi qui m’en occupe. » Il précisa : « avec des gants blancs ! » Tandis que le commissaire pressait le notaire de le débarrasser de ce fardeau, l’un des hommes du poste eut ce commentaire : « Tu parles d’un luxe, les chats de gouttière font ça tout seul ! »

Alexandre Friederich

  



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