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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

Un dernier voyage

Un dernier voyage

Qui déjà sur une route champêtre pavée
Baignée par le soleil après un orage d’été
S’est attardé ?
Petites et grandes limaces des prés
Partent à la conquête de la rive d’en face
Et s’élancent, voraces
Dans la grande traversée de la chaussée
Au gré de leur folle aventure, les rayons chauds
Doucement sèchent le joyeux régiment
S’alourdissent bientôt
Deviennent pesants
Un danger sourd, latent
Les limaces accélèrent la cadence
Très vite l’air est irrespirable, le sol brûlant
Les aspérités âpres et l’horizon chancelant
On s’empresse, glisse laborieusement
Absorbe avec avidité
La moindre
Trace
D’humidité
Mais le soleil tape, il nous plombe,
Et on flanche inexorablement
Les corps frêles gisent inertes, désemparés
Las, vibrants doucement, les antennes rentrées
Recroquevillées sur elles-mêmes, noires, sèches et informes
Paisiblement, dans leurs lits de bave
Mosaïques chatoyantes aux reflets d’ivoire
Les limaces une à une à tout jamais s’endorment
La pierre du chemin n’absorbe pas leur substance ;
Elles restent là, se tassent de plus en plus
Et on les confond bientôt avec des cailloux, des gerbes d’humus
Des copeaux de bois ou des fientes
Un vieil homme courbé interrompt sa lente promenade,
Et observe le tableau d’hécatombe, œuvre de mort
Aux arabesques scintillantes, dessins d’argent et or
Alors il se penche faiblement, ramasse avec soin les menus cadavres
Et dans le creux de sa paume
Les fait terminer leur dernier voyage

Felipe

  



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