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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

VermissOh !

VermissOh !

Pour ce long cylindre diaphane, l’heure du bal sonne en tout temps. En chorégraphe habile, il se tortille, se pavane. Il est mobilité, agilité, finesse. La pluie ne tarde jamais à l’accompagner dans sa valse ; la cadence est donnée par la fréquence des gouttes. Je perçois la musique, il l’entend. Les vibrations du sol rythment ses ondulations. Il esquive les hommes, vrai débrouillard, avance sans crainte en direction de l’argile humide. Ses segments semblent se déboîter et le spectacle est tel que mes yeux sensibles perdent toute notion de rationalité. Il se déforme, difforme. Il y a dans cette démonstration quelque chose d’insolite, une sorte de grâce disgracieuse. Souplesse dérangeante. Serait-ce de la jalousie ? J’envie cet être décontracté qui va son chemin, le derme scintillant, avec une telle aisance dans son déplacement. C’est un imposteur ! Un monstre déguisé en merveille ! Faux saltimbanque qui feint de se désintéresser de tout mais qui se plaît à exhiber son élasticité à qui manquerait de l’écraser. Il effleure le terreau, le caresse de sa peau brillante pour y déposer son écume… quelques reflets violets sur une toile brune. Instant de gloire habituel. « Admirez-moi donc, ingénieur du sol, splendide asticot, subtil acrobate ! » Il dit vrai, le ver est ravissant. Il miroite sous la glaise, se trémousse et efface en mon fond, par une conscience soudaine de sa beauté, toute répugnance à son égard.

Florine de Torrenté

  



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