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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

Tout était lumineux

Tout était lumineux

Une lumineuse clarté enivrait tous mes sens. Lumineux… On aurait dit que les couleurs avaient toutes dévalisé les plus grands couturiers de la création, tant elles rivalisaient de beauté… L'herbe grasse et drue, parsemée de mille éclats jetés par le soleil, se paraît merveilleusement. La lisière de la forêt était d'une beauté discrète et mystérieuse au loin, quelques rayons passaient à travers les arbres, dont les feuillages se dérobaient à l'œil amusé. Il y avait aussi des maisons au large toit rouge et brun, vous savez, ces grosses maisons de campagne que la force de l'habitude a appelé « ferme ». Quelques vaches ordinaires ruminaient patiemment quelques marguerites et pensées sur le temps qui court. Tantôt un arbre trônait majestueusement au milieu de la prairie, un autre était enflammé de pourpre, ou ailleurs paré de tout l'or du monde et des plus beaux joyaux de la nature automnale.
Tout allait vite. La nature en fête. Un bal oriental.
Et moi, j'étais là et pas là.
Je voyais tout cela défiler. C'était vertigineux. C'était magique. Mon cœur dansait et virevoltait sur les feuilles portées par le vent. Un indicible sentiment de bonheur m'envahissait. Rien au monde ne m'eut fait être ailleurs.
Je me rappelais cette porte de feu traversée lors d'une promenade en forêt, demain. Volant sur deux roues, le soleil est sur le point de tirer sa révérence, il n'est pas pressé. J'aperçois un chemin, je m'engage. Deux superbes colonnes de chênes gardent religieusement son entrée. Une demi-obscurité (pénombre) familière et chaleureuse règne de l'autre côté du portail ; au-delà effraies, hulottes, grand-duc et hôtes de la nuit, peu à peu, sortent de leur diurne torpeur.
Je m'engage.
Et soudain, le feu. Le tapis rouge. Les feuilles écarlates ont scintillé sur le bonsoir de l'astre du jour. Je restais saisi d'admiration devant cette somptueuse litière, la campagne allait s'y plonger.
Je rêvais. J'étais heureux. Une ineffable sensation de bien-être me possédait. Je contemplais la valse diaprée de la reine du salon. Je n'aurais jamais osé déclarer à dame nature ma flamme. La contempler me suffisait, c'était déjà bien plus que je ne pouvais l'espérer. L'espace d'un soupir, sa vue m'était dérobée. Je relevai la tête, la vitre perdait patience. Je descendis du train et rentrai parmi les hommes.

Louis de Sereys

  



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