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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

Louis

Louis

17 juillet, début de la guerre. Louis, jeune homme de Berlin, vit avec sa mère et sa petite sœur Joséphine. Il n’est pas vraiment bavard, ni même avenant. Il ne va plus à l’école depuis longtemps d’ailleurs. Sa famille est tout ce qu’il a. Son père est parti depuis quelques années déjà. Louis tient un combat nuit et jour pour que sa mère et sa sœur trouvent de quoi manger le matin, lorsqu’ils se lèvent. Mais aujourd’hui, il n’y a rien. Rien du tout. Car il doit combattre pour son pays. Un autre combat, un différent. C’est la guerre. Il doit y aller pour son pays, ses origines, sa famille… Il ne veut pas. Franchement, qui voudrait se jeter droit dans la fosse aux lions ? Qui voudrait abandonner sa famille pour sauver celle des autres ? Des gens qu’on ne connaît même pas… Oui, qui ? Dites-moi qui ?

Il embrasse sa mère, elle qui a tant fait pour lui, sa Joséphine, elle qui l’aimera toujours, elle qui n’a que sept ans. Et il part. Habillé en soldat, une arme sur l’épaule, il part. Il sort. Il ferme la porte. Elles lui manquent déjà. Elles lui manquent énormément. Mais il doit y aller. Maintenant. Il avance. Pas à pas. Il marche. Il court même. Il pleure. Il tremble un peu. Il a les mains moites. Il ne sait plus quoi faire. Il ne veut pas y aller. Il doit. Il y va. Il y est. Il arrête de pleurer. Il se stoppe et il regarde. Oui, il regarde. Il regarde tous ces soldats vêtus de vert. Il regarde toutes ses armes alignées au mur. Il regarde tous ces gens autour de lui qui s’apitoient sur leur sort, qui se disent qu’ils ne vont pas retrouver leurs femmes et leurs enfants ce soir, qui savent qu’ils vont y rester. Ils ne veulent pas mourir à la guerre. Ils ne doivent pas mourir à la guerre.

Le sergent arrive. Il aligne les soldats les uns à côté des autres. Louis refuse de s’aligner. Et ça, c’est contraire au règlement. Il ne veut pas signer son arrêt de mort aussi tôt dans la partie. Non, il ne veut pas. Il devrait suivre le règlement. Oui, il devrait… Le sergent n’apprécie pas le fait que Louis lui désobéisse. Pas du tout. Louis, désormais genoux à terre, prie. Oui, il prie. Il n’a pas de religion, ne sait pas quoi dire, ni à qui s’adresser. Mais il prie. Enfin, il demande à ce qu’on veille sur sa famille, son pays et sur les autres soldats, qui eux, vont au front. Les mains derrière la nuque, il pleure une dernière fois. Le sergent. La main sur la gâchette, ferme les yeux. Il ne veut pas voir ce massacre. Mais il appuie.

Mathilde Bangerter

  



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