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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

In MEMORIAM

In MEMORIAM

Comme hantés, nous parvenons avec peine
Chaque jour à émerger de nos rêves,
A nous lancer entiers sur cette voie incertaine
Dans une main le papier, dans l’autre le glaive.

Comme figés par ce que nous avons trop connu,
Egarés en ce dédale circonscrit, tout juste humain,
Nous n’en éprouverons jamais les confins,
A moins de cesser de tenir ce tour pour absolu,
D’en laisser éclater les rebords
Qu’un esprit tourmenté ici et là perfore,
D’en faire jaillir la bile
De multiplier ces accès débiles
De refuser d’arrêter,
De réduire,
Répéter,
Avant que d’offrir à la liberté une chance de reluire.

La langue du lâche, de celui qui a peur du vide, sans doute répandra sur mes plaies béantes son poison, façonnant des flétrissures insensées, se glissant sans se soucier en celui au dépend de qui il exerce son métier. Et pourtant, le prix à payer m’est indifférent car j’ai entrevu ce que nous partageons, en tout et pour tout, finalement. C’est de cette fin, que je tiens pour salutaire la révolution infinie des sabliers, que j’exhorte mon cœur qui ne demande qu’à aimer. Renoncer au « je » qui n’est pas celui que je crois.

La contention au quotidien, ces regards arrêtés, les yeux comme vitrifiés, seules la couleur, la poésie nous autorisent à retourner en nous, seules les sensations nous délestent de cet horrifiant fardeau. Coupables et honteux d’avoir été, chaque pas que nous faisons semble plus pénible à nos jambes mal assurées, et le poids un peu plus lourd sur nos dos. Ridicule, ô toi tyran qui ne gracie personne, ces chaleurs étouffantes remontant de l’enfer, qu’alors nous pensions derrière, émiettent l’âme, l’esprit, le cœur, et tout ce qui est. L’idiot en est garant, ta dernière heure sonne.

Mnésyne, pour parler plus sérieusement, nous a haï de toute son essence, marié l’épouvantable à notre conscience ! Et nous ne pouvons le vaincre, tout au plus triompher provisoirement de son joug saisissant, mais il laisse dès lors place à l’amertume écœurante d’un cœur gangréné par cette absence.

Léonard Macus

  



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