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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

L'ange et la bouteille

L'ange et la bouteille

De toutes les douleurs qu'un cœur masculin endure, il n'y en a pas de plus savoureuses que le sentiment de manque, au moment de s'endormir, seul dans les ténèbres de sa chambre. Ce sentiment de manque lorsqu'un ange est passé dans ces draps, la veille, l'avant-veille, la semaine passée, presse alors le cœur masculin avec une douce fermeté, aussi intense que celle des souvenirs silencieux du coussin chaud qui a accueilli ces mêmes étreintes dans le noir, échangées en cachette, loin des yeux envieux du monde.

Et lorsque le possesseur de ce cœur masculin se réveille, dans un petit matin où brille déjà un soleil au zénith, ses yeux bouffis aperçoivent des cheveux noirs et, alors, le goût suave, toujours innocent, des étreintes nocturnes lui revient ; il lâchera peut-être une larme timide, c'est que, probablement, le soleil, lorsqu'il est au zénith, n'a guère de pitié pour les possesseurs de cœur masculin surpris, les yeux bouffis, au sortir du lit.

Et déjà les aléas de la vie emportent cet ange aux cheveux noirs au loin. Déjà les regrets l'assaillent, noyés dans la tendresse de ses souvenirs, mêlant, dans son esprit, des sentiments ennemis qui ne sauraient s'entendre : l'amertume croise le doux réconfort entretenu par ces lancinantes réminiscences, et elle ne se découvre pas. Le second nommé, dans sa noble fierté, ne peut manquer de s'en offusquer, au risque de rendre fou la conscience malade qui l'a généré.

Puisse alors le tumulte incessant des pensées se taire ! Puisse la sérénité revenir ! Et faut-il renouer avec sa vieille amie, la bouteille autrefois sable, pour que, reprenant le chemin inverse, le grondement des doutes, des espoirs et désespoirs, retourne lui aussi à un sable fin que le possesseur de ce cœur masculin ne saurait retenir, et ce même s'il serrait très fort ses petits poings comme lorsqu'il était enfant, et qu'il n'avait que ceux-ci pour signifier sa soif de révolte déjà tenace.

Bouteille, vieille amie, dis-moi : était-ce à toi que j'aurais dû destiner cette ode ? Les anges aux cheveux noirs les méritent-ils ? As-tu la réponse ? Embrasse-moi encore.

Philippe Dépit

  



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