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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

L’Ombre du soleil

L’Ombre du soleil

L’ombre du soleil s’étale langoureusement sur le lit à baldaquin. L’obscurité dévore, morsure par morsure, la toile de lin. Une figure se dessine au centre de la couche. Un visage blanc, un visage serein. Des rides parcourent ses joues immobiles, vallonnent les traits de ce visage, le rendant plastique. On veut le toucher, le modeler, créer sur cette peau crémeuse.
Une main. Elle pend hors des draps, une main pâle d’où chaque goutte de sang semble s’être humblement retirée. Un subtil sourire, ou plutôt une moue de bien-être s’est peinte sur la bouche rosée de la vielle dame.
Puis une larme. Elle tombe au sol. Un bruit mat qui résonne dans mon cœur. Elle pleure, la petite fille. Oui, elle pleure au bord de ce lit. De ses yeux d’or, elle fixe le cadavre qui dort sous les draps soyeux. Elle veut prendre cette main qui gît, mais le contact est trop froid, ça la brûle jusqu’à l’os. Elle frissonne, la pauvre fille qui fixe sa mère endormie.
Et moi je suis là, je me sens seul. Je veux l’aider, je veux rester. Mais, je suis absent, je suis trop loin. Elle est partie, au lointain, dans des songes amers qui ne sont pas à ma portée. M’en approcher. Je ne peux pas. Il ne faut peut-être pas. Peut-être faut-il la laisser. Je ne sais. J’attends. Elle pleure. Les rideaux du baldaquin flottent sous l’effet d’une bise légère qui s’infiltre par la fenêtre entrouverte. Dehors, il commence à faire nuit. La lune déploie ses ondes chimériques et moi, je la regarde. Je ne suis pas triste. J’ai juste peur. Et elle, elle ne me regarde pas, elle pleure.

Lucien Zumofen

  



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