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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

Quelques millisecondes

Quelques millisecondes

Tu as attendu ce moment toute l’année. C’est ton quart d’heure, ton instant de bonheur à toi et toi seul. Tu sors sous toutes ces étoiles du mois d’août et respires à grandes bouffées. L’air est encore tiède grâce à la canicule. C’est agréable. Tu marches pieds nus sur le bitume, sens la chaleur, la dureté du sol. Les yeux levés, tu avances, quitte à te faire un torticolis. Tu marches en zigzaguant, manques de heurter un poteau ou de trébucher sur le bord du trottoir.

Tu trouves un banc dans un coin plus sombre, rare dans ta ville sur-éclairée, d’où tu pourras mieux observer le ciel. Ton regard ne quitte pas les astres, même quand tu t’assieds, peu importe si tu es à deux doigts de tomber devant le banc et de te taper la colonne vertébrale. Tu ne veux pas rater une miette du spectacle qui s’offre à toi : cette voûte sombre, mystérieuse, transpercée par les rayons de ces soleils situés à des années-lumière de chez nous, dont certains se sont éteints il y a des millénaires. Tu sens un vertige t’envahir : assister au passé de l’Univers.

Là ! Regarde ! Une étoile filante !

Ça n’a duré qu’un court instant, moins d’une seconde. Mais tu l’as vue. Magnifique : sa tête a été brillante comme un phare dans la brume; sa queue, jaillissant derrière, a répandu des milliers d’étincelles à travers l’atmosphère.

Tu rentres chez toi euphorique, rayonnant jusqu’au moment de te coucher. Puis, dans ce matelas moelleux, sous cette couverture chaude, qui ont connu tes meilleures et tes pires nuits, tu t’endors. Les lumières s’éteignent.

Dehors, la pénombre reprend sa place. Il n’y a plus que les étoiles fixes, les soleils morts…

Mathieu Haas

  



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