Accueil | Abonnement| Contacter L’Épître | Ecrire un texte| A propos de L'Épître | Crédits  
L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

1909

1909

Dans le tumulte de la nuit – sortant de l’hippodrome voisin – un téméraire cavalier enjamba plusieurs automobiles, coupa la route du tramway avant de débouler, par un saut implacable, dans le tunnel du métropolitain pour le défier comme la mort. Un véritable centaure ! La ville dégageait une rare effervescence. Les usines tournaient à plein régime, imitées par les moteurs des automobiles vrombissant dans de folles embardées. Une ferveur agressive gagnait la foule des travailleurs. Eprise de vitesse, désireuse de créer, de ne pas se reposer sur un passé croupissant dans les musées, elle serrait les poings pour affronter l’avenir. Très loin dans les hauteurs, se dressaient, fiers, de titanesques immeubles d’avant-garde que de vigoureux jeunes gens                        s’amusaient à escalader à la manière des alpinistes de l’exposition universelle. Quelle fantastique aventure que l’effort mécanique du corps pendu dans le vide… l’amour du risque… la conscience de l’imminence fatale d’une chute... Soudain – revenant des enfers orphelin de son cavalier – le cheval pourpre fonçait sur nous à vive allure pour nous écraser. Comme des lions nous l’évitâmes en nous jetant sur la chaussée. Un frisson dessina sur nos peaux livides une formidable chair de poule ! Alors nous nous relevâmes pour contempler la dynamique machinale des jambes de la bête en mouvement. Cette nuit-là, nous avions avalé un opulent festin accompagnés de l’étrange musique que produisait un hindou habillé en maharaja. Les tonalités orientales nous emplissaient de joie. Pour garder ce sentiment intact, nous décidâmes de devancer l’ennui et de partir en guerre. Nos coeurs audacieux se mirent donc en marche. Nous fûmes subjugués par l’esthétique de notre première bataille. Nous devînmes les amis du vent, de celui qui venait nous caresser à chaque fois qu’une balle nous effleurait, à chaque obus qui tombait, à chaque rafale qui nous arrosait. Les mitrailleuses rythmèrent nos courses effrénées à travers les champs jusqu’au trépas de notre escadron. Beaucoup de gens meurent vieux et heureux, mais peu d’entre eux ont la chance de vivre vraiment.

Ferdinand Agathe

  



Publications de l'Épître

Partenaires de l'Épître

L'Épître, © 2012-2018 - Créé par Matthieu CORPATAUX - Site Web par Guillaume HESS - Tous droits réservés - Mentions légales