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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

En cuisine

En cuisine

Toujours à brasser. Une fois à gauche, une fois à droite.
Sans obtenir aucun résultat, si ce n’est de voir le liquide tourner. Une fois à droite, une fois à gauche.
On s’évertue à tour de rôle. On se passe la spatule comme le témoin.
On s’informe de la température du breuvage, de sa densité, de sa coloration.
On s’encourage. Et l’on recommence. On tourne dans le pot.

Toujours à brasser dans tous les sens.
À court d’arguments, on ajoute d’autres condiments. On est à l’affût d’un possible effet de goût différent. En vain. Aucun changement apparent.

Alors on en vient à douter de notre engagement, de notre dévouement.
Pourquoi ne pas le laisser penser, décider, agir seul, librement ?
Mais à cette unique question, les difficultés s’entassent. Et à nouveau, on brasse.

Maudite maladie qui déforme la pensée, bouscule la mémoire et entrave l’action.
Fichue dégradation de ce corps qui ne se contrôle plus, où même le cerveau tremble et chavire.
Et nous autour, on a beau protéger, soutenir pour éviter la chute. Tristes, on soupire.

Toujours la même soupe. Lourde, trouble.
Bouillon d’incertitudes, de discussions infinies.
Les envies sont noyées, les convictions lacérées.

Plus tard on se rappellera, et l’on regrettera d’en avoir eu marre parfois.
Parce qu’il ne sera plus là.
On se dira : si seulement on pouvait brasser encore ! Même dans tous les sens !
Quelle importance ?

Saba CL

  



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