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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

Entre Ciel et terre

Entre Ciel et terre

Ce voyage comme une métaphore de la vie. Au début, on n’en croit pas nos yeux. On s’estime heureux d’avoir saisi une opportunité qui paraissait nous convenir. Et puis un soir, sans qu’on ait rien demandé on se retrouve face à face avec la vérité, la misère, telle qu’on ne peut l’imaginer si l’on n’y a pas été confronté. À partir de là, on n'a plus eu faim et de toute façon pour le peu qu’on mangeait, ça n’a pas changé grand-chose.

On ne comprend rien, car tout est si différent, on se perd dans ce monde qui ne ressemble au nôtre que par la couleur de son ciel. Sans cesse, cette chaleur étouffante nous fait ruisseler à grosses gouttes. On est perdu dans le passé et on attend, heureusement qu’on n’a pas de rendez-vous, il aurait fallu s’excuser pour les deux jours de retard. On ne comprend pas, car on n’aurait pas pensé que pour 5 CUC tu te vendrais. Alors on a envie de crier qu’on veut bien voir et entendre tout ça, car il le faut, mais qu’on n'y est pour rien et qu’est-ce qu’on peut faire. On entend que c’est la faute du gouvernement. Vivre sur des mythes, ça va un moment. Un jour, viendra peut-être la révolution, la vraie, peut-être ou peut-être pas. Lorsque le peuple oubliera ses héros qu’il a honorés sans réellement savoir pourquoi. Lorsqu’il sera possible de gagner plus que rien, lorsque ce fameux « hay que trabajar, trabajar mucho » aura un sens pour plus de 15% de la population… Le peu d’argent qu’on a ici, on ne va pas le prendre avec soi quand on sera mort, chez nous non plus d’ailleurs. Les gens sophistiqués finiront eux aussi par mourir. On a bu du rhum et dansé dans une maison si pauvre où les gens s’entassaient, mais les familles s’embrassaient et chacun se souriait, une grandeur d’âme qu’on ne saurait presque pas imaginer. On a bien réalisé que ce n’est pas dans l’opulence qu’on grandit.

Quand arrive la moitié de notre périple, on se dit que finalement ce n’est pas si mal où l’on vit, qu’on a tant de matériel et si peu de spirituel. A quoi ça sert d’avoir le parfum le plus cher au monde si on n’est pas heureux ? On se plaint des rares fois où il y a une coupure d’électricité alors que d’autres ne savent pas ce que cela signifie. On oublie de demander à notre voisin comment il va, on se focalise sur notre minable existence et on ne pense pas que comme ça, on va mourir tout seul sans savoir ce que partager signifie, ignorant la valeur même de l’existence, mais connaissant celle de l’argent. Qu’est-ce qui importe ? Finalement, on repart en se séparant d’une part de soi.

Valérie Broccard

  



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