Accueil | Abonnement| Contacter L’Épître | Ecrire un texte| A propos de L'Épître | Crédits  
L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

L'orchestre

L'orchestre

Un jour, les fleurs se sont fanées alors elle est partie. Elle a pris la valise de bourge, la petite sur quatre roulettes, un grand sac de voyage, le nécessaire : un carnet, des stylos, des produits de beauté, deux-trois belles tenues. Elle s’était fait faire un brushing, elle a pris la voiture de sport, vite. Tout a filé, tout était blanc, elle était seule. La nature était belle et triste, pure, une montée vers les cieux, deux biches, le grand manteau sur le siège passager. Personne sur la route, les autres mangent la dinde, la voiture rugit. Les musiques se succèdent, les grands opéras, une comédie musicale, des orchestres. C’est si beau.
Le goût de la tarte aux marrons, le café noir, fort, sans crème ni sucre. Un gâteau sec, sans gluten, un coffret d’une série mythique. Il faut faire le plein une fois, ce qu’elle aime l’odeur de l’essence. Le brushing n’est pas encore froissé, elle est belle, belle comme une femme égarée sur cette aire de station-service où il n’y a personne, pas même une caissière, ils mangent tous la dinde. La voiture redémarre. C’est si intemporel, elle pense, ce pourrait être la fin du monde, personne n’est là. Où est-ce qu’ils sont, tous ?! C’est l’incompréhension, une cigarette ferait du bien, une détente au goût âpre et sec, un peu comme le café. Il ne faut pas, c’est mauvais, c’est dangereux. Ils seraient d’accord avec elle. « Ben oui t’as raison, c’est pas bien. » D’accord mes chéris, d’accord.
L’aiguille des tours/minute vibre, elle devient trouble, elle s’efface, disparaît. Le temps s’envole, ça y est, une chouette blanche bat des ailes vers le ciel. Un verre de vin rouge, un petit pot de crème au caramel-beurre salé. Elle appuie sur l’accélérateur, encore. Il faut qu’elle arrive.
Elle sait déjà qu’un feu brûlera, ça sentira tellement bon, le feu et la viande rouge, pas de la dinde, un bon filet de bœuf rougeoyant. Les sièges en cuir sont humides de sauce café de Paris, le tapis suinte d’un vin blanc très sucré qui désinhibe, fait tourner les têtes juste ce qu’il faut. Les cuivres résonnent, les cordes s’embrasent, les percussions éclatent. C’est le grand final.

Inès Conti

  



Publications de l'Épître

Partenaires de l'Épître

L'Épître, © 2012-2018 - Créé par Matthieu CORPATAUX - Site Web par Guillaume HESS - Tous droits réservés - Mentions légales