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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

L'impatience de Médée

L'impatience de Médée

« Ce ne sera pas long. »

Ça bouge. Le ventre gonflé est brillant. Vision de palpitations.

Le nombril ressort comme la pupille d’un œuf. Et c’est là, juste là : un oisillon dans un blanc d’œil. Maintenant ! Un tout petit nageur recroquevillé, et qui tourne, et qui tourne, et qui tourne doucement sur lui-même.

Deux mains plaquées à même la peau, tout en doigts, comme des griffes pour mieux t’entendre bouger; les épaules crispées et le souffle court, les reins lacérés d’hallucinations.

Échange de regards, jamais qu’à sens unique : un cul de sac comme promesse d’avenir, et toi. Paisible, tu te baignes dans ces eaux vagues, calmes remous et plages délivrées de la nuée par la marée descendante.

Regard en coin, de loin, comme coincé dans la houle qui te condamne à ne jamais avancer. Dans l’œil du cyclope, la tempête se prépare. L’air se remplit de nuages noirs et te fait goûter l’écume salée du vent.

Petit baigneur recroquevillé, tu t’en fous, toi de l’ouragan à venir. Tu glisses et tu fais la planche dans le souvenir fugace d’une alcôve tout en rondeur.

Esclave de ton corps, je t’habille pour mieux te préparer au grand plongeon dans la vapeur des nuits, dans l’abîme de tes yeux clos, qui voient s’envoler ce gros ballon gris ou décoloré, qu’importe, de toute façon.

Toi et moi ici, à l’abri dans ma bulle, inséparables, réunis par la vie.

Les doigts se resserrent soudain dans l’urgence du paysage bombardé et ce gros ballon flétri s’envole loin de la mer. Et il explose d’un bruit sec, comme tes poumons trop jeunes qui se remplissent d’hélium pour te faire planer et pour me faire rire un peu. Mais déjà, les larmes s’enfoncent comme mille aiguilles dans ces œillets en bouquet.

Et que crève l’abcès : « Ce ne sera pas long », qu’ils disaient.

Et mon petit nageur, et les vagues te bercent dans les limbes, et la terre te libère, et la mer se déchire.

« Vous vous réveillerez comme après un rêve. Et ce sera fini. »

Et c’est fini. Tout est fini. C’est la fin. C’est l’œil qui s’assèche et la mer qui t’achève.

C. Rezo

  



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