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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

Dans une gargote de Niš, en Serbie

Dans une gargote de Niš, en Serbie

C’est midi. Coup d’assommoir asséné par la continentalité. Rues désertes, stores abaissés, ville morte. La chaleur chasse les habitants dans les intérieurs ; le soleil, l’ennemi pour quelques heures. Fatigués, les yeux brûlés par la lumière rougis par les grains de poussière, la bouche sans salive et la langue pâteuse, les habits collant à la peau, nous entrons dans un restaurant – puisqu’il faut l’appeler par ce mot-là, affiché – d’un banal à mourir. Des mouches, ces bestioles détestables, partout, sur les mets défraîchis posés, depuis la veille au moins, sur le comptoir, sur les nappes tachées, sur le crâne et les moustaches du bistrotier. Le vol erratique de ces damnées petites bêtes nous contraint à une gestuelle saccadée nous forçant à nous gifler, nous frapper les bras et les cuisses. Elles insistent et pour une agaçante écrasée, des centaines d’autres la vengeront. Certaines, engluées dans de l’huile où baignent des pommes de terre, ne nous importuneront plus. Le vin rouge est tiède et, à notre demande d’obtenir du vin plus frais ou plutôt moins tiède, le moustachu saisit nos verres et, à la main, y plonge des cubes de glace. Mais le vin frais ou du moins rafraîchi « passe bien ». Nous en buvons avec la certitude d’une désinfection efficace, le degré d’alcool avoisinant les 14°. Nous en consommons trop, sûrement, et les conséquences ne tarderont pas, sous l’effet de la chaleur et de la fatigue, à nous jouer un mauvais tour, un euphémisme, puisque nous échapperons à la mort, cet après-midi. Horresco referens !

Jo Berset

  



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