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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

La fuite

La fuite

Le sang tapait avec rage dans son cou, jusque dans ses oreilles. Elle sentait son cœur battre à un rythme insoutenable et commençait à se demander si la sensation qu’elle éprouvait en ce moment était celle que l’on ressentait au moment d’une attaque cardiaque. Elle n’osait même pas imaginer la couleur de ses joues, ou même de son visage tout entier.
Ella courait.
Les branches lui cinglaient le visage, et elle sentait que son mollet droit la brûlait. La colère montant en elle au fur et à mesure qu’elle constatait que sa séquestration lui avait pourrie sa condition physique n’arrangeait sûrement rien à sa course effrénée. Elle percevait chaque jour restée assise dans la pièce à fourmis dans chacun des muscles de son corps : ses jambes endolories, ses bras fatigués, ses pieds endormis… Et son cœur qui la lâcherait probablement d’un instant à l’autre. Mais il lui fallait courir. Courir pour s’éloigner le plus possible de cet endroit d’horreur. Courir pour échapper à cet homme effroyable et dangereux. Courir pour sauver sa peau…
Courir pour vivre.
Elle n’en revenait pas de découvrir les lieux où elle était restée si longtemps. L’homme avait sans aucun doute choisi l’endroit de façon théâtrale. Car ce bois, Ella le connaissait par cœur, du simple chemin au dérapage risqué à certains endroits précis. Elle connaissait le kilométrage de chaque boucle effectuée lors d’un entraînement, mais n’arrivait pas à croire qu’elle se retrouvait ici, après avoir frôlé la mort plusieurs fois.

Il l’avait tout de même menacée avec un flingue. Elle sentait encore le métal froid contre sa tempe transpirante de terreur, et se revoyait fermer les yeux en disant adieu au monde, et aux fourmis qui l’avaient accompagnée durant ce périple. Mais il s’était ravisé.
Il l’avait ensuite laissée crever de faim jusqu’à ce que trois jours plus tard, il revienne avec une tresse et la laisse manger jusqu’à exploser. Ella n’avait pas compris son mode de fonctionnement, mais ce n’était pas étonnant, puisqu’elle ne comprenait rien depuis le début.
Et puis il y avait eu le pire moment. Celui où il était arrivé dans la pièce avec un couteau de cuisine, et avait commencé à dessiner des motifs sur ses jambes… Ella comprit soudain pourquoi son mollet lui faisait si mal. Les plaies étaient encore vives. Elle chassa les images horribles qui remplissaient son esprit, où un sourire se tordait sous la cagoule de l’homme, tandis qu’il prenait un plaisir malsain à dessiner un labyrinthe étrange sur sa peau, et que le sang coulait de partout.

Sans s’arrêter de courir, elle prit soudain conscience avec un choc qu’elle était sortie de la forêt. La route cantonale, le bruit, les voitures, les gens. LES GENS. La vie normale, commune, s’étalait à ses pieds. C’est ce moment-là que ses jambes choisirent pour la lâcher. Elle s’écroula tranquillement, délicatement, comme un château de cartes qui s’effondre. Sa dernière pensée fut pour son ravisseur… et soudain, son identité s’imposa comme une évidence.

Elle perdit connaissance.

Inès Conti

  



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