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L'Épitre, le journal fribourgeois de la petite littérature très courte

La farandole

La farandole

I.


C’est moi-même aujourd’hui que l’on enterre,
Tel mon amour,
Puisque ma bien-aimée est mise en bière,
Tel mon amour,
Maintenant sourd.



II.


J’entends encore au loin le clocher qui détonne :
Tocsin, bourdon, clochette et carillon bougonnent ?
Les cloches semblent folles !
J’entends la cloche aux morts, sur un air qu’elle entonne,
Qui d’inepte gaieté, tandis qu’elle marmonne,
Danse la farandole !

Je trouve au cimetière un immense bonheur :
Dans les longues allées tracées avec rigueur,
Je promène mon âme entre les vieilles stèles.
Je maquille leur front, puis fleuris leur jardin,
Pour que n’efface pas un siècle si soudain
L’ultime demeure des âmes immortelles.

Parmi les sépulcres, je rencontre parfois,
Venant d’outre-tombe, les esprits d’autrefois.
J’aime à m’entretenir avecque ces ancêtres,
Parce qu’ils m’enseignent leurs préceptes d’aïeux
Et toujours me dictent la voie pour être heureux;
Des soins en échange je prodigue à ces êtres.

J’entends encore au loin le clocher qui détonne :
Tocsin, bourdon, clochette et carillon bougonnent ?
Les cloches semblent folles !
J’entends la cloche aux morts, sur un air qu’elle entonne,
Qui d’inepte gaieté, tandis qu’elle marmonne,
Danse la farandole !


Au milieu des tombes, j’apporte réconfort
Aux esprits encore tristes après la mort.
Je leur porte secours en écoutant leurs peines,
Ou bien j’apprivoise cauchemars et tourments
Conçus dans l’irrespect des derniers testaments.
Quel malheur de trouver ces cœurs-là par centaines !


Dans les profonds caveaux, j’élève les mort-nés,
Dont la seule vie reste un monde de damnés.
Ils sont tous orphelins en ces limbes de pierre,
Mais je les éduque comme en substitution
Aux parents qu’ils n’ont vus qu’un instant d’attention,
C’est pourquoi maintenant ils me nomment « mon père ».

J’entends encore au loin le clocher qui détonne :
Tocsin, bourdon, clochette et carillon bougonnent ?
Les cloches semblent folles !
J’entends la cloche aux morts, sur un air qu’elle entonne,
Qui d’inepte gaieté, tandis qu’elle marmonne,
Danse la farandole !

Devant ou derrière les augustes tombeaux,
Je m’assieds doucement et lis grâce aux flambeaux
Longues épitaphes et autres courtes lettres;
Avec mes compagnons, à grands éclats de voix,
J’en ris comme à propos de leur humour grivois;
J’y brasse les cartes auxquelles ils sont maîtres.

Au sein du mausolée, je relève à deux mains
Ma douce, ma princesse enfouie sous les jasmins.
Avant qu’incessamment je ne la redépose,
Je couvre de baisers son corps sans coup férir
Et lui promets aussi de bientôt revenir,
Mais c’est toujours seule qu’elle sans fin repose...

J’entends encore au loin le clocher qui détonne :
Tocsin, bourdon, clochette et carillon bougonnent ?
Les cloches semblent folles !
J’entends la cloche aux morts, sur un air qu’elle entonne,
Qui d’inepte gaieté, tandis qu’elle marmonne,
Danse la farandole !



III.


C’est moi-même aujourd’hui que l’on enterre,
Je te rejoins,
Mon ange, tu le sais, je suis en bière,
Je te rejoins,
Ma douce enfin !

Vincent Bossel

  



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